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Le contexte

Internet : un luxe pour l’Afrique ? Pourquoi agir dans le cadre éducatif ?
publié le mardi 1er mars 2005 par Emmanuel

Le PNUD classe chaque année 180 pays selon leur indice de développement humain. En 2004, les 19 derniers sont situés en Afrique subsaharienne. Le taux d’alphabétisation des jeunes y est en moyenne de 50%. Celui des adultes est de 17,1% au Niger, de 12,8% au Burkina et de 19% au Mali.

Alors qu’en France, il existe 330 médecins pour 100 000 habitants, il n’y en a que quatre pour 100 000 habitants au Burkina et au Mali. Le Burundi en possède quatre fois moins encore. Cette rareté des compétences s’inscrit dans un contexte sanitaire désastreux : alors que, selon l’OMS, le paludisme continue à tuer un million d’africains chaque année, le VIH fait à son tour des ravages : selon le PNUD, il touche 37,3% des 15-49 ans au Botswana et 38,8% au Swatziland.

Sur le plan matériel, alors que les réseaux de télécommunications sont très chaotiques et que moins d’un habitant sur 100 possède une ligne de téléphone, l’électricité et le téléphone sont encore indisponibles dans de nombreux villages.

Dans ce contexte, il convient de s’interroger sur la nécessité d’œuvrer en faveur du déploiement d’internet sur le continent noir. L’accès au réseau représente-t-il une priorité pour l’Afrique ?

Cette question doit être envisagée à la lumière des perspectives offertes par le développement des technologies de l’information et de la communication et par l’observation des usage dans les pays développés.

L’utilisation d’internet facilite l’accès à l’information, le travail en réseau et la valorisation des travaux intellectuels, des produits ou des services. Les pays développés bénéficient de cette atout depuis plusieurs années, ce qui a engendré une véritable révolution de leur mode de vie. L’internet et la téléphonie mobile ont modifié notre rapport à l’information, ils nous ont permis d’améliorer considérablement notre efficacité au travail ainsi que nos conditions de vie : en un clic nous trouvons le dernier rapport sur le développement humain pour renforcer la matière de cet article, en un second nous trouvons les horaires de cinéma et pouvons visualiser la bande annonce du film qui nous intéresse... Les exemples sont nombreux des avantages offerts par internet.

La société de l’information peut créer une coupure entre ceux qui sont nantis et instruits et qui possèdent les clés d’intelligibilité nouvelles, et les autres, bloqués par les barrières du temps et de l’espace. Ainsi la société de l’information porte-t-elle le germe d’une nouvelle fracture : la fracture numérique qui, ne bénéficiant qu’aux pays les plus avancés, contribuerait à accroître une fracture économique et sociale Nord/Sud déjà immense. Ce constat rend indispensable l’appropriation des nouveaux outils de l’information par les africains afin qu’ils ne restent pas en marge de l’ère de l’information.

De manière plus optimiste, certains voient dans la société de l’information une chance pour l’Afrique : celle de pouvoir effectuer un « saut technologique » en entrant directement dans l’ère de l’information sans passer par l’ère de l’industrialisation.

L’Afrique doit développer ses infrastructures et ses savoirs-faire afin d’exploiter au mieux le réseau et en tirer tout son potentiel. Elle doit tout d’abord être en mesure de diffuser des contenus : en communiquant du Sud vers le Nord, l’Afrique peut valoriser sa culture, ses compétences, sa production scientifique et littéraire... Parallèlement, elle doit favoriser le développement des compétences « utilisateurs » de manière à ce qu’un maximum d’Africains soit capable d’accéder aux connaissances offertes par l’utilisation d’internet.

Il apparaît par ailleurs que l’introduction de savoirs-faire dans le cadre éducatif offrirait des avantages particuliers. En effet, en améliorant les conditions d’apprentissage, l’internet pourrait impulser un cercle vertueux au sens où les retombées positives toucheraient la quasi-totalité des secteurs ce qui, favorisant le développement, permettrait de dégager de nouvelles ressources qui pourraient être attribuées en partie à l’amélioration des conditions d’apprentissage... et ainsi de suite...

Alors que la quasi-totalité des universités africaines est maintenant connectée à internet, les exemples suivants viennent illustrer ce que cette technologie pourrait apporter dans le cadre de l’enseignement supérieur :

- De nombreuses matières ne sont pas enseignées ou mal enseignées en Afrique du fait de la pénurie d’enseignants. L’apprentissage en ligne (e-learning) pourrait constituer une réponse à cette carence. De nombreuses expériences ont déjà été menées en ce sens par des pays africains avec l’appui d’organismes internationaux. Les résultats sont pour l’instant mitigés car il existe un double préalable à la mise en œuvre de ces expériences : des infrastructures satisfaisantes et une appropriation des technologies par l’apprenant (sans laquelle il sera polarisé sur le fonctionnement de la machine et ne retiendra pas les enseignements prodigués) ;

- Internet représente également une réserve documentaire pour les étudiants africains. Pascal Renaud soulignait dans la revue Université en mars 1997, qu’en « Afrique francophone, par exemple, on constate qu’il y a très peu de bibliothèques, notamment universitaires, très peu de centres de documentation, et qu’ils sont tout à fait insuffisants en termes de contenus. Internet apporte donc quelque chose d’extrêmement précieux puisqu’il permet l’accès à une sorte de bibliothèque de taille considérable, qui recèle une bonne partie de la production scientifique mondiale. Beaucoup de richesses en anglais bien sûr, mais aussi en français » ;

- Pour les étudiants, internet représente également la possibilité de se renseigner facilement sur les possibilités de bourses pour étudier à l’étranger et sur les conditions de leur obtention ;

- Pour les chercheurs, internet permet de conserver les contacts établis lors des congrès à l’étranger et de collaborer à distance avec des collègues ;

- Enfin, internet autorise la valorisation des productions scientifiques des chercheurs africains qui disposaient jusque là d’un très faible écho sur le plan international en raison notamment du manque d’éditeurs sur le continent.

Dans le cadre de l’éducation de base, la situation est différente : très peu d’écoles sont connectées à internet, une large majorité ne dispose pas d’ordinateurs et, dans les zones rurales, il est fréquent qu’elles n’aient accès ni à l’électricité ni au téléphone. Dans ces conditions, il paraîtrait difficile, voire totalement inapproprié, de tenter d’introduire internet dans ce type de contexte. Les obstacles semblent en effet infranchissable à court ou moyen terme. Le risque serait alors grand de dépenser des sommes disproportionnées par rapport aux bénéfices réels d’expériences de ce type. Or, Christophe Prag note que ce sont plusieurs millions de dollars que les agences de coopération bilatérales et multilatérales dépensent pour atteindre cet objectif.

En revanche, il paraît envisageable d’agir dans des contextes éducatifs disposant d’infrastructures satisfaisantes. Les écoles situées dans les villes capitales et certaines villes secondaires correspondent à ce cas de figure. Des programmes de formation ciblés en direction des élèves peuvent également être envisagés en dehors du cadre scolaire. Les associations et les villes sont généralement au centre de ce type de dispositif. C’est par exemple le cas à Libreville où la municipalité à créé un centre multimédia en juin 2001. Ce centre qui comptait en 2002 une dizaine d’ordinateurs a été réalisé avec la contribution de l’AIMF (dotation en ordinateurs). L’accès est gratuit pour les jeunes et les scolaires.

Enfin, il peut s’agir également de diffuser les compétences en direction des enseignants en intervenant au sein des écoles de formation des enseignants du primaire et du secondaire. Ces dernières sont fréquemment implantées dans des villes moyennes. Dans ce cas de figure, l’effet escompté est double : on espère en premier lieu que l’enseignant, maîtrisant internet, pourra aider les élèves à s’approprier à son tour l’outil multimédia. En second lieu, on attend de cette introduction une amélioration des conditions d’apprentissage des élèves-maîtres. Les avantages attendus sont alors semblables à ceux offerts par l’utilisation d’internet dans les universités. Internet offre également dans ce cas de figure un important potentiel de mutualisation (cours, réflexion pédagogique...).

L’ensemble de ces constats justifie « le modèle » NTBF. Dans un contexte où très peu d’écoles offrent à leurs élèves la possibilité de s’initier à l’informatique, NTBF a développé un modèle qui, aux côtés du système éducatif burkinabè, parie sur la démultiplication durable des compétences.

Concrètement, la branche française de l’association envoie régulièrement à Ouagadougou des formateurs français bénévoles qui sont chargés de transmettre à des adultes, « futurs formateurs » et membres de la branche burkinabè de l’association, des compétences en conception de produits multimédias. Ces adultes, en contrepartie de ces formations, s’engagent à former des enfants à l’utilisation d’outils informatiques. Après une initiation au fonctionnement de l’ordinateur, les formateurs incitent les enfants à développer leurs compétences à travers des jeux éducatifs. Soulignons également que l’association privilégie l’apprentissage à travers des logiciels éducatifs libres.

Pour mener à bien cette tache, elle bénéficie d’une salle de formation située au CIJEF et prêtée par la municipalité de Ouagadougou. Des dons en matériel de la Caisse des Dépôts et du Ministère français de l’économie et des finances ont permis d’équiper ce lieu d’une quinzaine d’ordinateurs que l’association a relié en réseau.

En mars 2005, l’association compte une cinquantaine de formateurs burkinabè, une vingtaine de stagiaires français et un permanent salarié de l’association. Le financement des activités de l’association repose principalement sur les cotisations de ses adhérents et sur les apports ponctuels de son partenaire, l’association FIDEI.